FWB – Exposition des femmes enceintes et des enfants aux perturbateurs endocriniens

Les perturbateurs endocriniens sont omniprésents. Nous les retrouvons partout. De quelles données disposons-nous pour mieux comprendre les risques liés à ces substances ? Comment l’ONE informe-t-elle les parents et les professionnel.le.s à ce sujet ? Comment limiter au maximum l’exposition de ces publics vulnérables ?

Question orale du 22/09/20 de Sabine ROBERTY à Bénédicte LINARD, Ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes

Les perturbateurs endocriniens sont omniprésents. Nous les retrouvons partout: dans l’air, l’eau, les cosmétiques, les produits ménagers, les ustensiles de cuisine et même les jouets pour enfants. Nous sommes toutes et tous exposés quotidiennement à ces substances suspectées de provoquer, entre autres, des perturbations hormonales, des problèmes de fécondité, des cancers, de la propension à l’obésité et à l’hyperactivité.

Ces substances perturbent nos corps et peuvent avoir des conséquences plus graves encore sur des publics vulnérables tels que les femmes enceintes, les jeunes enfants ou les adolescents.

 Madame la Ministre, depuis plusieurs années, les études se multiplient avec des résultats toujours plus inquiétants. Elles mettent en avant un véritable problème de santé publique qu’il devient urgent de prendre en compte.

À titre d’exemple, une étude française de 2017 de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) démontre qu’une exposition à trois perturbateurs endocriniens lors de la grossesse est associée à des troubles du comportement chez les garçons âgés de trois à cinq ans.

Bien qu’il s’agisse d’une matière relevant principalement des compétences européennes et fédérales, notamment pour les autorisations de mise sur le marché, la Fédération Wallonie-Bruxelles peut tout de même agir dans le cadre de ses compétences relatives aux femmes enceintes, aux bébés et aux enfants. Nous pouvons, nous devons, donc agir.

Disposez-vous de nouvelles données scientifiques permettant d’appréhender les conséquences d’une exposition aux perturbateurs endocriniens, en particulier chez les femmes enceintes et chez les enfants ?

Sachant que leur réglementation relève de compétences transversales, la conférence interministérielle (CIM) Santé a-t-elle eu l’occasion d’analyser dernièrement ce sujet ? En gardant à l’esprit la situation particulière que nous connaissons et qui bouleverse évidemment les agendas, est-il envisagé de mettre cette problématique à l’ordre du jour d’une prochaine réunion de la CIM Santé, si vous n’avez pas encore eu l’occasion d’en discuter ?

Avez-vous initié personnellement une réflexion sur les perturbateurs endocriniens afin de limiter un maximum l’exposition des publics vulnérables à ces perturbateurs endocriniens ?

Pouvez-vous revenir sur les mesures prises par l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) pour sensibiliser les familles et les professionnels ? La question est-elle par exemple abordée lors des consultations prénatales ? Un travail particulier est-il mené avec les milieux d’accueil de la petite enfance, que ce soit lors de l’information ou lors de l’inspection ?

Enfin, l’ONE a une cellule «Écoconseil» compétente pour les matières relatives à l’environnement. Fait-elle un travail particulier sur les perturbateurs endocriniens ?

Réponse de Bénédicte LINARD, Ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes

Madame la Députée, garantir un environnement sain est essentiel pour la santé de l’enfant à court et à long termes. Les relations entre l’environnement et la santé interpellent de plus en plus, en raison notamment de l’augmentation importante de certaines maladies. Je pense aux cancers de l’enfant, dont l’incidence augmente de 2 % chaque année, et aux manifestations allergiques comme l’asthme, dont la fréquence a doublé en dix ans. Les études mettent en avant les conséquences sur la santé de l’exposition aux perturbateurs endocriniens, comme le diabète de type 2, l’obésité, l’hyperactivité, le développement neuronal, certains cancers, les allergies et les problèmes de fertilité.

En Belgique, le Conseil supérieur de la santé (CSS) a publié en 2019 le rapport «Hygiène de l’environnement physico-chimique (limitation de l’exposition aux agents mutagènes ou perturbateurs endocriniens) et importance des expositions en début de vie», qui aborde, entre autres, l’exposition aux perturbateurs endocriniens. Ce rapport met l’accent sur l’attention accrue à porter aux femmes enceintes ainsi qu’aux jeunes enfants et propose des pistes de recommandations concrètes, comme aérer souvent le logement ou diminuer l’utilisation de cosmétiques.

La lutte contre l’exposition des citoyens aux perturbateurs endocriniens est une compétence transversale. Les Régions, compétentes dans le domaine de l’environnement, en ont fait une priorité. L’objectif général poursuivi est de diminuer l’exposition des publics, en particulier les plus vulnérables, à ces substances. Je suis également très attentive aux questions liant la santé et l’environnement, à celle des perturbateurs endocriniens en particulier.

De nombreuses actions transversales sont déjà menées par l’ONE et visent la sensibilisation des familles ainsi que des professionnels de l’accueil et des consultations. La cellule «Écoconseil» de l’ONE travaille sur les perturbateurs endocriniens depuis 2009. Un de ses rôles est d’informer et de former les professionnels, de sensibiliser les familles à l’influence de l’environnement sur la santé, le bien-être et le confort des personnes. Les éco-conseillers se forment de manière continue et suivent les avancées scientifiques.

La question des perturbateurs endocriniens est effectivement abordée en consultation prénatale ou pour enfants. Au cours des premières rencontres dans ce service, voire lors de la première visite à domicile, les travailleurs médico-sociaux de l’ONE sont invités à réaliser une anamnèse systématique de l’environnement et des habitudes de vie de la famille, ainsi que de la possibilité de présence de polluants dans les lieux de vie et de sommeil de l’enfant. Enfin, outre les actions de sensibilisation et de formation déjà menées avec les milieux d’accueil, je vous informe que la question des perturbateurs endocriniens fait partie des sujets retenus dans le plan «Éco-crèches». J’en donnerai les détails dans ma réponse à Mme Emmery portant sur ce plan.

Réplique de Sabine ROBERTY

L’information ainsi que la communication sont primordiales et la Fédération Wallonie-Bruxelles a donc son rôle à jouer. Nous pouvons donc travailler à informer, mais aussi à former, pour que chacun et chacune puissent agir et choisir sa consommation en toute connaissance de cause. Mais il faut faire davantage pour lutter contre les perturbateurs endocriniens. Je suis sûr que vous partagerez mon avis, Madame la Ministre, si je vous dis que nous devons construire, avec d’autres niveaux de pouvoir, une véritable stratégie globale et transversale qui permette de dépasser le simple principe de précaution. Je serai très attentive à votre réponse sur le plan «Éco-crèches».

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