Pourquoi des journées du matrimoine ?

Question orale du 12 octobre 2021 de Sabine ROBERTY à Bénédicte LINARD, ministre de la Culture

Ces 24, 25 et 26 septembre ont eu lieu les Journées du matrimoine. Nous connaissons tous les Journées du patrimoine, qui existent depuis des dizaines d’années. Le matrimoine s’intéresse, quant à lui, aux biens matériels ou immatériels hérités des femmes.

Les Journées du matrimoine ont lieu depuis six ans à Paris et depuis trois ans à Bruxelles. Initiées par la plateforme L’architecture qui dégenre et l’ASBL L’Îlot, elles ont pour objectif de mettre en lumière «l’héritage matrimonial bruxellois historique – architectural, sculptural, urbanistique, social» et de faire «découvrir le patrimoine actuel – artistique, politique et féministe». Des questions fondamentales, telles que «l’accès à la propriété pour les femmes et aux professions liées», sont également abordées dans le cadre d’ateliers. Il est donc également question de la représentation des femmes dans les corps de métiers liés au matrimoine et de l’émancipation de celles-ci.

Madame la Ministre, dans quelle mesure la Fédération Wallonie-Bruxelles sou[1]tient-elle ce projet annuel ? Ces journées ont-elles du succès auprès du public ? Comment la Fédération Wallonie-Bruxelles encourage-t-elle la production matrimoniale et sa préservation ? En fait-elle également la promotion au travers d’autres initiatives ?

Je sais par exemple – et je m’en réjouis, en tant que Liégeoise – que la Cité Miroir de Liège organise jusqu’au 17 octobre une exposition originale consacrée à plusieurs trajectoires de femmes wallonnes qui se sont distinguées dans des lieux exceptionnels. Avez-vous connaissance d’autres actions similaires organisées en Fédération Wallonie-Bruxelles ?

Enfin, la langue est un véhicule essentiel pour promouvoir une conception égali[1]taire du monde. Une réflexion est-elle menée sur la confusion pouvant découler de l’usage du terme «matrimonial», qui sert également à désigner la situation conjugale d’une personne au regard de la loi? De plus, il me semble important d’attirer l’attention, d’une part, sur l’apport décisif des femmes à la société sur le plan architectural et historique et, d’autre part, sur la nécessité d’adopter une approche inclusive de cette notion vers une neutralité du genre.

Réponse de la ministre

Initiées à Paris il y a six ans, les Journées du matrimoine existent depuis trois ans à Bruxelles et, depuis peu, sont exportées dans d’autres villes, comme à Liège. Je m’en réjouis. L’une des missions des événements est de mettre en lumière les héritages laissés par les femmes, héritages qui ont souvent contribué à façonner une ville et une société plus égalitaires.

Les Journées du matrimoine célèbrent l’héritage historique dans différents domaines: architectural, sculptural, urbanistique et social. Ces journées constituent par ailleurs une occasion de découvrir également le matrimoine contemporain, artistique, politique et féministe. Le terme «matrimoine» a été choisi par les associations de terrain. Je vois que des initiatives naissent pour réfléchir à cette dénomination et je ne peux qu’encourager le débat d’idées, toujours bénéfique.

L’événement était complet 48 heures après l’ouverture de la billetterie. Sur les réseaux sociaux, les publications autour de ces Journées du matrimoine ont été partagées des milliers de fois. On sent un véritable engouement, une véritable volonté du public d’en connaître davantage sur la manière dont les femmes construisent ou ont construit notre société.

Il me semblait donc évident de soutenir ce projet. Et je le fais depuis le début puisque, dès l’origine du projet en 2019, j’ai soutenu l’ASBL L’architecture qui dégenre. Cette année, nous avons décidé de subventionner l’édition 2021, mais aussi, déjà, l’édition 2022. L’idée est de permettre à l’ASBL d’avoir le temps de créer un projet de plus grande ampleur, rayonnant au-delà de Bruxelles. La place des femmes dans l’espace public et dans la société en général est l’une des priorités du Plan «Droits des femmes». Cette année, le dispositif Alter-Égales a bénéficié d’un montant de 350 000 euros pour des appels à projets afin d’assurer la représentativité des femmes dans les différents secteurs de la socié[1]té. Différents projets tels que des festivals de musique, des expositions et des conférences verront le jour dans les mois qui viennent. C’est en rendant les femmes visibles – dans les directions des théâtres, dans les musées, dans les lieux culturels, dans les organes de décision, dans les conseils d’administration, mais aussi dans la rue, en montrant leurs œuvres – que nous travaillons à plus d’égalité.

Réplique de la députée

Avant cette réunion de commission, je lisais la presse de ces dernières années. On comprend ainsi comment l’idée même de l’organisation des Journées du matrimoine a fait son chemin. Depuis 2018, ces Journées prennent de l’ampleur. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

Par ailleurs, je rappelle que certains de nos collègues se sont manifestés dès 2019 sur ce sujet au Parlement. C’est le cas notamment de Véronique Bonny, qui avait déjà mis en lumière la nécessité de faire sortir les femmes de leur invisibili[1]té. Nous voyons à quel point, en trois ans seulement, l’idée a pris de l’ampleur. Le matrimoine mérite donc que l’on s’y attarde.

Vous l’avez dit, le terme «matrimoine» suscite nombre de débats; nous l’avons vu sur les réseaux sociaux. Je suis contente que nous aussi puissions en parler. Pourtant, le mot «matrimoine» n’est pas neuf; il existe déjà depuis le 12e siècle. Je suis heureuse de découvrir toutes ces femmes qui ont fait notre histoire. Ce sont, pour nous, des journées très riches du point de vue de la culture et du savoir.

Photo de Andrea Piacquadio provenant de Pexels

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