FWB – Pourquoi une « semaine de l’info constructive » ?

Une semaine du journalisme constructif ? L’ASBL NEW6S souhaite conscientiser les journalistes à leur impact sur la société et la nécessité de donner une image équilibrée de celle-ci. Retour sur ce projet initié il y à trois ans.

Question de Sabine ROBERTY à Bénédicte LINARD, Ministre de l’enfance, de la santé, de la culture, des médias et des droits des femmes

Madame la Ministre, la Semaine de l’info constructive s’est tenue du 21 au 27 octobre. Elle portait sur le thème « Comment faire de la Belgique le pays où il fait le mieux vivre ». Tout un programme. Lancée par l’ASBL NEW6S, cette semaine a pour objectif de mettre en avant le travail déjà entamé par les médias pour faire du journalisme dit constructif, mais elle tend aussi à les encourager à intégrer la démarche de manière plus régulière dans leur travail.

Cette ASBL, composée de huit journalistes et communicants, part du constat que les événements relayés par les médias sont principalement négatifs, ce qui renforcerait leur caractère anxiogène et provoquerait une saturation des lecteurs.

Chez NEW6S, la position n’est pas de dire qu’il faut tronquer la vérité, mais qu’il faut conscientiser les journalistes quant à leur impact sur la société et la nécessité de donner une image équilibrée de celle-ci. Qu’il s’agisse de la télévision, la radio ou la presse, la plupart des rédactions francophones du pays y ont participé avec des sujets estampillés « Semaine de l’info constructive ». Le projet a été lancé il y a trois ans. Aujourd’hui, leur message commence à avoir une résonance importante, notamment auprès des écoles de journalisme qui y sont associées.

Quel est le bilan de cette édition de la Semaine de l’info constructive ? Quels sont les médias qui y ont participé ? Les différents types de médias se sont-ils mobilisés de la même manière ? Quel est le retour des organes participants ? Quel relais l’opération a-t-elle eu auprès des établissements scolaires ?

Il y a quelques semaines, je vous interrogeais sur la question de l’éducation aux médias. Cette initiative s’inscrit dans cette optique en proposant un journalisme porteur de perspectives et de solutions. Madame la Ministre, quel regard portez-vous sur cette initiative ? De manière générale, que pensez-vous du constat posé par NEW6S et de l’initiative proposée ? Pensez-vous qu’une telle démarche puisse aider à renouer la confiance entre les lecteurs et les médias ?

Réponse de Bénédicte LINARD Ministre de l’enfance, de la santé, de la culture, des médias et des droits des femmes

Madame la Députée, la Semaine de l’info constructive lancée par l’ASBL NEW6S vient de se terminer. Pour la première fois dans l’histoire de la presse francophone belge, les rédactions belges, tous supports confondus, se sont mobilisées pour répondre à la question « Comment faire de la Belgique le pays où il fait le mieux vivre ? »

Les médias y ayant participé sont : BX1, Chérie FM, « La Dernière Heure », « Femmes d’aujourd’hui », « Flair », « Imagine demain le monde », «La Libre Belgique», «Le Soir», «Le Vif/L’Express», «L’Avenir», «Le Ligueur», Nostalgie, NRJ, RTBF, RTL Info, Sudinfo.be, «Trends-Tendances», TV Lux et les web TV Almouwatin TV, TV Lab et TV Wallonie.

Des sujets estampillés du logo « Semaine de l’info constructive » ont été diffusés ou publiés dans ces médias. Une page Facebook a également été créée. Elle indique l’objectif de cette initiative « d’initier ou de poursuivre au sein des rédactions une réelle réflexion autour de la valeur ajoutée d’une information porteuse de perspectives ou de solutions et de montrer aux publics que dans un monde de plus en plus complexe, les médias s’impliquent pour faire bouger les lignes.» L’ASBL NEW6S, à la base du projet, a été créée en 2017 à l’initiative de huit journalistes et communicants. Ils défendent une vision du journalisme constructif qui vise à rendre une vision plus équilibrée sans occulter ce qui va mal.

Selon l’ASBL NEW6S, le bilan de cette édition de la Semaine de l’info constructive est positif à plus d’un titre. Pour commencer, il s’agit d’une initiative fédératrice qui a été proposée aux médias. Ensuite, la quasi-totalité des médias a accepté d’y participer. Enfin, cet événement a permis à NEW6S d’entamer les discussions avec la majorité des rédactions francophones du pays. Indépendamment de l’événement lui-même, une dimension plus structurelle pourrait se mettre en place.

Le bilan de la Semaine de l’info constructive aura lieu le 13 novembre prochain avec les journalistes et les rédacteurs en chef qui ont participé à l’événement. L’objectif de cette réunion est de comprendre comment est perçu le journalisme constructif au sein des rédactions, d’évaluer l’impact d’un tel événement auprès des professionnels et de réfléchir à l’évolution de la sensibilisation. La quasi-totalité des médias ont fait preuve du même enthousiasme à se mobiliser pour l’opération. En pratique, et toujours selon NEW6S, la mobilisation ne s’est pas concrétisée de la même façon d’un média à l’autre pour deux raisons essentielles.

Premièrement, le journalisme constructif n’est pas une innovation dans le paysage médiatique global. Né dans les pays nordiques et anglosaxons, il s’implante progressivement dans les médias de la francophonie, notamment en France et en Belgique. Certains médias le pratiquent depuis un certain temps, sans nécessairement utiliser l’appellation «journalisme constructif». Pour d’autres, par contre, il s’agit d’expérimentations plus récentes ou plus ponctuelles. La pratique de ce type de journalisme est donc variable.

Deuxièmement, la vision du journalisme constructif n’est pas harmonisée. Selon la définition élaborée par NEW6S, en collaboration avec des journalistes et des experts, le journalisme constructif est une facette du journalisme et ne constitue pas un journalisme à part. Il est orienté solutions et perspectives dans tous les domaines. Il ne s’agit donc pas d’un journalisme des bonnes nouvelles, dit aussi journalisme bisounours.

Enfin, s’agissant des relais avec les établissements scolaires, NEW6S m’a indiqué que son objectif initial et fondamental est de travailler avec les médias et les rédactions, ce qui se fait depuis environ deux ans au moyen de plusieurs outils. Parallèlement, l’ASBL a noué des partenariats avec les écoles de journalisme de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour sensibiliser les futurs journalistes. J’étais d’ailleurs cette semaine à l’Institut des hautes études des communications sociales (IHECS) pour la sortie de www.mammouth.media. La notion de journalisme constructif y a été abordée. Le travail avec l’enseignement secondaire et primaire pourrait être un prolongement naturel des activités de NEW6S dans le futur.

Je trouve cette initiative très positive. Combien de fois ai-je entendu dire que les médias n’abordaient jamais les faits positifs ? Alors que l’on sait, selon une étude du Reuters Institute for the Study of Journalism réalisée en juin 2018, que seuls 53 % des Belges font confiance aux médias, je ne peux qu’applaudir à cette initiative de réflexion autour de la valeur ajoutée d’une information porteuse de perspectives ou de solutions. Réinstaurer du positif est une des voies possibles pour permettre aux médias de renouer le lien avec le public et rétablir une confiance qui n’a cessé de décliner.

Réplique de Madame Roberty :

Encore un peu de philosophie pour terminer. Je reprendrai les mots de Leslie Rijmenams de l’ASBL NEW6S qui dit que le journalisme ne doit pas «se contenter d’être le chien de garde de la démocratie, il doit aussi être son chien guide ».

NEwsletter