Le braille : comment le préserver et le promouvoir ?

Question orale du 5 juillet 2022 de Sabine ROBERTY à Bénédicte LINARD, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes.

Madame la Ministre, selon Stéphane Gaillard, directeur de l’Institut national des jeunes aveugles (INJA), Louis Braille était une sorte de «codeur geek» avant l’heure, un gamin génial qui a inventé ce code à seize ans: le braille, un système d’écriture tactile à points saillants destiné aux déficients visuels. Ses 63 signes permettent une lecture avec les doigts.

M. Braille est entré au panthéon depuis maintenant 70 ans. Nous lui devons donc cette écriture si particulière, un bien culturel utilisé aujourd’hui dans 142 langues.

Le braille donne de meilleures chances aux déficients visuels d’obtenir un emploi, mais il permet aussi d’accéder à la culture, à la connaissance. C’est un langage universel qu’il faut préserver et promouvoir.

Madame la Ministre, comment la Fédération Wallonie-Bruxelles assure-t-elle la préservation et la promotion du braille, pas seulement à des fins d’inclusion, mais comme élément culturel à part entière ? Avez-vous des contacts avec le service culturel de la Ligue Braille à ce sujet ? Si le contact avec la culture peut avoir lieu de différentes façons, cela s’avère souvent plus compliqué pour les déficients visuels. Qu’en est-il des supports culturels et touristiques en Fédération Wallonie-Bruxelles ? Les œuvres littéraires importantes sont-elles régulièrement traduites en braille ? Les lieux culturels sont-ils pourvus d’inscriptions en braille, tant pour le contenu que pour la signalétique ? Les milieux d’accueil proposent-ils un éveil, un premier contact avec le braille pour les enfants déficients visuels ?

Réponse de Bénédicte LINARD, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes.

Devenu un bien culturel précieux, le braille est un système d’écriture à part entière utilisé par des personnes aveugles ou déficientes visuelles. Comme tout un chacun, celles-ci ont le droit de participer à la vie culturelle. Plusieurs associations et initiatives soutenues par la Fédération Wallonie-Bruxelles ont pour objectif de favoriser cette participation par le biais de la promotion de l’écriture braille, mais également grâce à l’édition d’audiolivres, la création de podcasts ou encore l’audiodescription de réalisations cinématographiques et télévisuelles.

Plusieurs autres associations se donnent pour mission de lutter contre les discriminations liées au handicap, dont la déficience visuelle, et la sensibilisation du grand public au vécu des personnes en situation de handicap. Parmi elles, la Ligue Braille propose différentes animations ainsi que des outils d’information tels que les Clubs Braille, le Musée Braille ou les «bibliothèques spéciales». À l’instar de la bibliothèque d’Eqla, ces dernières rassemblent des livres audio et des livres en braille, en grands caractères. Elles sont reconnues par la Fédération et bénéficient d’un soutien de 263 000 euros.

Si de telles activités permettent aux personnes déficientes visuelles de maintenir le contact avec d’autres, de créer des liens, de rompre l’isolement, elles sont aussi vectrices d’épanouissement individuel et collectif, de participation culturelle, de développement de l’expression et de la créativité.

J’attire également votre attention sur l’existence de l’ASBL Le Troisième Œil. Cette association travaille spécifiquement sur la question du handicap visuel et est reconnue, en vertu du décret relatif à l’éducation permanente, pour son action au profit de la sensibilisation au handicap envers le «tout public». Elle cherche ainsi à favoriser une prise de conscience des obstacles rencontrés quotidiennement par les personnes malvoyantes, ainsi que leur reconnaissance à part entière. Elle développe également des activités favorisant une citoyenneté autonome dans le chef des publics non voyants ou malvoyants.

Pour en finir avec cet aperçu non exhaustif des initiatives culturelles, je pointerai l’existence d’un dispositif de soutien à l’audiodescription. Octroyé par la Commission du cinéma, celui-ci concerne les aides à la préproduction des longs métrages de fiction ou d’animation. Les projets concernés par ces aides sont majorés de 5 000 euros destinés à couvrir les frais d’une copie de film en audiodescription. Pour rappel, cette copie est obligatoire pour les films d’initiative belge francophone, majoritaires comme minoritaires, tournés en langue française.

En ce qui concerne l’éveil et le premier contact avec le braille au sein des milieux d’accueil de la petite enfance, les enfants présentant une déficience visuelle, au même titre que tous les autres enfants, ont leur place au sein des milieux d’accueil. L’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) défend en effet une conception inclusive des milieux d’accueil de la petite enfance. Ensuite, en termes de développement de l’enfant, un consensus est largement partagé dans la communauté scientifique et éducative concernant la période sensible de la petite enfance. Durant cette période, les enfants effectuent des apprentissages au travers d’explorations multiples de l’environnement, et ce, principalement au travers de leur corps et de leurs mouvements. Envisager une sensibilisation précoce à l’apprentissage de la lecture ou de l’écriture d’une langue relèverait d’une pratique non respectueuse du rythme de l’enfant, qu’il soit porteur d’une déficience ou pas. Des études ont clairement démontré qu’un accueil orienté vers les apprentissages formels est de moindre qualité et aura des effets moins bénéfiques pour les enfants. Ainsi, les besoins spécifiques de l’enfant présentant une déficience visuelle sont évidemment pris en considération par le milieu d’accueil, mais dans une perspective généraliste.

Réplique de Sabine ROBERTY

Madame la Ministre, je vous rejoins totalement lorsque vous dites que le braille est un bien culturel précieux. Vous avez évoqué l’édition d’audiolivres et de podcasts. Il est vrai que ces supports viennent en aide aux personnes atteintes de déficience visuelle. Vous avez également cité toute une série d’initiatives prises par la Fédération Wallonie-Bruxelles, notamment le soutien à l’audiodescription. Vous avez aussi confirmé que, lors de l’éveil au braille, les rythmes de l’enfant sont bien respectés. C’est une bonne chose. Par contre, vous n’avez pas répondu à ma question sur les supports culturels et touristiques; mais ce n’est pas grave, car j’aurai l’occasion de vous réinterroger à ce sujet.

 

Crédit photo : Photo de Eren Li: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/objectif-zoom-des-symboles-motifs-7188802/

 

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