Comment mieux lutter contre les pirates de la route ?

Au lendemain du terrible drame de Strépy-Bracquegnies de nombreuses questions se posent en termes notamment de sécurité routière, de vitesse et de comportements de récidive. Quelles mesures en Wallonie pour lutter contre les comportements dangereux ?

Question écrite de Sabine Roberty du 20/04/22 à Valérie De Bue, Ministre de la sécurité routière

Au lendemain du terrible drame de Strépy-Bracquegnies de nombreuses questions se posent en termes notamment de sécurité routière, de vitesse et de comportements de récidive.

À la suite de cette tragédie, Madame la Ministre s’est rapidement exprimée en appelant ses homologues, les Ministres fédéraux de la Justice et de l’Intérieur. Elle a mentionné notamment qu’ « un travail de prévention, de sensibilisation et d’éducation est entrepris au niveau de la Région, mais « il faut aller plus loin en renforçant et en coordonnant nos efforts. Si la folie est difficilement gérable et si le risque zéro n’existe pas, ces pirates de la route doivent être empêchés de nuire. Tôt ou tard, ce type de comportement déviant conduit à un drame ».

En effet, en plus des sanctions dites « traditionnelles » comme une déchéance du droit de conduite et une amende, des mesures alternatives sont possibles et peuvent venir en soutien via des cours/animations de sensibilisation destinés aux contrevenants routiers. À ce sujet, « des études montrent que le risque de récidiver durant le programme est réduit de 75 % au moins », souligne Benoît Godart de chez Vias. Chaque année, 150 personnes sont tuées suite à des vitesses excessives en Belgique. Il est nécessaire et fondamental d’attirer l’attention des usagers de la route. La répétition crée la notion, et sans cesse, depuis le plus jeune âge, il est important de faire de la prévention, de sensibiliser, de former régulièrement.

Il faut aussi, même si le risque zéro n’existe pas, empêcher les comportements dangereux, tout comme les récidives.

Comment Madame la Ministre compte-t-elle mieux coordonner les efforts qui existent en termes de sensibilisation, de prévention et d’actions ?

Comment intensifier le combat contre les pirates de la route ?
Comment les empêcher de nuire ? Comment éviter les récidives ? Au-delà des examens de réintégration, les examens médicaux et psychologiques, des formations peuvent être suivies. Ne devraient-elles pas être tout simplement obligatoires ? Un suivi des récidivistes pourrait-il être mis en place dans le temps ?

Réponse de la ministre du 19/05/22

Concernant la catastrophe de Strépy-Bracquegnies, nous nous devons effectivement d’attendre les conclusions de l’enquête judiciaire.

Néanmoins, le profil du conducteur sur les réseaux sociaux semble indiquer une tendance à la pratique de comportements excessifs, inappropriés et répétés. Ces attitudes amènent tôt ou tard à un drame. Il s’agit d’être ferme avec ce type de comportements routiers irresponsables que je qualifie de criminalité routière, de pirates de la route.

La plupart du temps, le problème des personnes qui récidivent de façon volontaire n’est pas un problème de connaissance du Code de la route ou de connaissances techniques en matière de conduite. C’est un problème comportemental. Dans ces cas précis, il est primordial de provoquer un déclic. Celui de la prise de conscience pour initier un changement de comportement.

La formation alternative aux contrevenants routiers fait partie de mon plan d’actions pour les matières relevant des compétences régionales.

En effet, la sanction éducative via une formation obligatoire en cas d’infraction(s) participe, à mon sens, à une prise de conscience nécessaire à la sécurité des usagers.

Dans cette optique de conscientisation, la formation devrait inclure le contact du délinquant avec des victimes de la route ou leurs proches, via, par exemple, une rencontre au sein d’un centre de revalidation.

L’objectif étant d’initier un changement de comportement, en cas de récidive, il s’agit d’aller plus loin, notamment au niveau des conditions pour récupérer son permis.

Dans la mesure où le plan fédéral de Sécurité routière 2021-2025 prévoit l’élargissement du recours à des mesures alternatives, les projets du fédéral et de notre région s’agissant des contrevenants routiers viennent se compléter et ces points seront bien entendu discutés avec le Ministre fédéral de la Mobilité.

Aujourd’hui, ces formations ne sont pas obligatoires lorsque l’on souhaite récupérer son permis. Demain, je souhaite qu’elles le soient.

Un autre axe d’actions pour lutter contre ces profils particuliers et excessivement dangereux est la surveillance des réseaux sociaux. L’objectif est d’anticiper le drame en repérant en amont ces pirates de la route. Sur ce point, j’ai décidé de sensibiliser les Ministres de la Justice et de l’Intérieur. Nous en avons parlé la semaine passée en CIM Mobilité. Cela passe par la mise en place de mesures fortes en collaboration avec tous les niveaux de pouvoirs. Un groupe de travail est mis en place à cet égard. Les premières réunions débuteront prochainement.

S’il est primordial de lutter rapidement contre les multirécidivistes et contre les pirates de la route pour éviter les drames, il est tout aussi important de travailler en profondeur afin que ceux-ci n’émergent plus à l’avenir. Les mesures de formation et de sensibilisation à la sécurité routière sont importantes afin de prévenir les comportements dangereux et inappropriés et conscientiser au maximum les conducteurs, tels que ceux attirés par la vitesse. Cet apprentissage doit débuter dès le plus jeune âge via l’éveil aux différents dangers et aux comportements à risque.

Je poursuis un objectif de sécurité routière et d’éducation routière : je vise, nous visons, un changement de mentalité, de regard par rapport à la vitesse, mais aussi de conduite sous influences ; il faut l’instiller dans la population de manière générale. C’est un travail sur le plus long terme.

C’est en ce sens que j’ai mis sur pied le brevet du piéton dans le cadre d’un projet pilote, intensifier le brevet du cycliste et que je prépare actuellement le brevet à destination des jeunes de l’enseignement secondaire avec les aspects liés à la multimodalité et au partage de la route.

Si le canevas de ce brevet doit être affiné, il contiendra bien entendu la thématique « vitesse » et ses dangers afin de faire prendre conscience aux jeunes que la vitesse tue et qu’il est important d’éviter tout comportement excessif et inapproprié.

Enfin, à côté du travail de prévention et de sensibilisation, l’intensification des contrôles, accompagnée de l’effectivité de la sanction, représente une mesure fondamentale.

Comme j’ai déjà pu l’exposer, ma politique de radars vise le placement de radars plus nombreux – en donnant la priorité aux radars tronçons, jugés plus efficaces en matière de sécurité routière – mais aussi l’augmentation croissante de leurs plages horaires de fonctionnement.

Le parquet central, en cours de création par le pouvoir fédéral, participera au suivi des infractions et par conséquent, à l’effectivité de la sanction, notamment en ce qui concerne les excès de vitesse.

Si les mesures prises par le Ministre de la Justice ne permettent pas l’augmentation croissante des plages de fonctionnement des radars, via la suppression des quotas et des tolérances, les amendes administratives régionales – concernant dans un 1er temps les infractions techniques – pourraient inclure les infractions de vitesse.

Comme je l’ai indiqué, il est important de renforcer et coordonner nos efforts.

C’est en ce sens qu’au-delà d’un premier échange entre nous, une réunion de concertation avec les différents ministres concernés par cette lutte contre les pirates de la route et l’apologie de la vitesse est en cours d’organisation.

Source : Site du Parlement de Wallonie

 

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