FWB – Expérience scientifique: quels risques d’infection au covid durant un concert?

Question orale de Sabine ROBERTY du 20 janvier 2021 à Bénédicte LINARD, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes

Mi-décembre, une expérience scientifique a été menée à Barcelone sous le nom PRIMA-CoV. L’événement a été pensé par le festival Primavera Sound, l’hôpital Germans Trias de Barcelone et la Fondation de lutte contre le sida et les maladies infectieuses.

D’après mes informations, 463 personnes ont assisté à un concert dans une salle bien aérée, à moitié remplie, en portant des masques FFP2, tandis que 496 n’y ont pas participé. Pendant le concert test, aucune distanciation physique ne devait être respectée, mais tous les participants ont été soumis à un test antigénique à l’entrée.

L’objectif de l’expérience était de tester les risques de contamination lors de grands événements festifs soumis à un protocole strict, dont l’usage de ces tests.

Huit jours après le concert, les 1 047 participants ont été à nouveau testés: dans le groupe de ceux qui n’ont pas assisté au concert, deux cas se sont révélés positifs, alors que les 463 personnes présentes ont toutes été testées négatives à la Covid-19.

Pour les médecins qui ont dirigé l’essai, ces résultats montrent que la participation à un concert est sûre pour autant que les mesures mises en œuvre soient respectées. Je précise que ces tests ont été effectués avant l’apparition des variantes.

Cette étude ouvre malgré tout de nouveaux horizons de réflexion pour permettre de mener à bien ce type de rassemblements tout en limitant les contagions.

Madame la Ministre, avez-vous déjà eu l’occasion de prendre connaissance de cette étude?

Avez-vous été informée d’autres expériences similaires?

Les tests antigéniques constituent-ils selon vous un outil qui pourrait aider à réorganiser de tels événements qui nous manquent tant?

Réponse de Bénédicte Linard,  vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes.

Mesdames et Monsieur les Députées, comme vous tous, j’ai suivi avec une grande attention la publication dans la presse des résultats de l’étude PRIMA-CoV, du nom du festival Primavera Sound qui est à l’origine de ce projet. En préambule, je ne peux que me réjouir de revoir enfin des artistes se produire sur une scène, autorisés à chanter et danser devant un public, même dans un cadre expérimental. Il me paraît néanmoins important de préciser les conditions dans lesquelles a été menée cette étude. Les participants avaient tous subi un test antigénique le jour du concert. Ce dernier a accueilli 450 personnes dans la «Sala Apolo» de Barcelone qui peut en accueillir plus de 900 en temps normal. Tous les participants ont reçu un masque FFP2 homologué à l’entrée de la salle. Cette expérience fait écho à celle de Leipzig mise en place en août dernier dans des conditions comparables, à la différence près qu’elle rassemblait 1 200 personnes sur une jauge de 12 000 places et que celles-ci étaient assises et distanciées. Les résultats ont montré qu’aucun participant n’a été contaminé à la suite de l’événement, tandis que dans l’échantillon dit «miroir» du même nombre de personnes testées en amont, mais ne participant pas au concert, on a noté 2 contaminations. Ces études tendent à renforcer la position qui est la nôtre depuis le début de cette crise: les lieux culturels, les théâtres et les salles de concert sont gérés par des professionnels qui appliquent les protocoles en vigueur avec le plus grand sérieux. Les lieux culturels sont des lieux sûrs. «Cultura Segura» est d’ailleurs devenue une devise à Madrid, une des très rares villes européennes qui a fait le choix de garder ses lieux de culture ouverts depuis juillet 2020 et qui montre que le respect des protocoles (comparables à ceux appliqués chez nous avant la fermeture du 28 octobre) permet de maintenir un accès à la culture pour la population en ne fragilisant pas la nécessaire lutte contre l’épidémie. Concernant l’intérêt de ce type d’expérience en Fédération Wallonie-Bruxelles, deux éléments me paraissent importants. Tout d’abord, il n’y a pas d’intérêt que chacun y aille de son expérience pilote: tester ce qui a déjà été testé n’aurait pas de sens. Ensuite, ce type de projet doit émerger du secteur et se doit d’être encadré par une équipe de recherche. Il doit être mené selon un protocole scientifique strict. Si un projet de ce type rassemblant des professionnels du secteur et un service de recherche universitaire voyait le jour, je serais bien entendu disposée à y collaborer dans la limite de mes compétences. En conclusion, mon sentiment personnel sur la possibilité de voir un été de festivals se tenir normalement en 2021 n’est malheureusement pas pertinent. Comme l’a dit mon homologue flamand il y a quelques jours, il est encore trop tôt pour donner des réponses péremptoires. Ce que je peux vous dire, à ce stade, c’est que je reste en contact constant avec la Fédération des festivals de musique Wallonie-Bruxelles (FFMWB) à la fois pour envisager tous les scénarios qui nous sont soumis à l’heure actuelle et pour me faire la porte-voix du secteur auprès du gouvernement fédéral. Un rendez-vous est d’ailleurs prévu avec mon cabinet début février.

Réplique de Sabine ROBERTY

Nous vivons une époque compliquée et nous avons tous envie de croire à la devise «Cultura Segura». Madame la Ministre, vous vous dites disposée à collaborer à une étude, sans pour autant réitérer les expériences qui ont été menées ailleurs et qui ont fourni des preuves. Je ne peux que m’en réjouir. J’espère, comme tous, assister le plus rapidement possible à un moment de culture. J’ajouterais que l’art et la culture ne se résument pas à un simple moment de distraction. C’est aussi un moment d’élévation. Aujourd’hui, encore plus que jamais, nous avons tous besoin d’un moment d’élévation! 


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