FWB – La diversité dans les films belges de 2019 : une étude de l’UCL

Question orale du 20 janvier 2021 de Sabine ROBERTY à Bénédicte LINARD, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes

La question de la représentation de la diversité dans les médias est de plus en plus d’actualité et je m’en réjouis.

J’aimerais aujourd’hui revenir sur l’étude dirigée par Sarah Sepulchre, professeure à l’Université catholique de Louvain (UCLouvain), qui porte sur la diversité dans le cinéma belge.

Cette étude avait pour objectif de dresser un état des lieux de la diversité dans les films nommés aux Magritte du cinéma en 2019.

L’approche est à la fois quantitative (personnages représentés à l’écran) et qualitative (analyse de cette représentation). Le corpus étudié se compose de 27 œuvres: les douze longs métrages concourant pour le Magritte du meilleur film de fiction et les quinze créations en lice pour le Magritte du meilleur documentaire.

Si le nombre limité de films étudiés invite à la prudence, les résultats méritent tout de même toute notre attention. Le premier constat est que les femmes sont au centre de ces productions. Ainsi, le personnage principal des fictions est une femme dans 63 % des cas. Elles sont encore plus majoritaires dans les documentaires où 77 % des personnages principaux sont des femmes.

Si ces chiffres peuvent nous réjouir, les représentations des femmes posent question. En effet, dans la majorité des cas, ces personnages présentent des troubles psychologiques et mentaux. Pour y faire face, elles reçoivent l’aide d’un homme, un amant ou un père. D’autres stéréotypes genrés sont également fort présents, tels que la parentalité.

Autre constat: les autres formes de diversité ne sont toujours pas présentes dans les fictions étudiées. Ainsi, les personnages principaux ont surtout des adultes blancs, valides et hétérosexuels, dont la religion n’est pas précisée.

Les auteurs de l’étude pointent aussi les représentations stigmatisantes des personnages non blancs, comme les protagonistes arabes, systématiquement musulmans.

Pour conclure, l’étude met en évidence le caractère systématique de ces polarisations, qui posent question.

Par ailleurs, certaines représentations, comme les personnes en situation de handicap ou les personnes non hétérosexuelles sont encore totalement absentes.

Madame la Ministre, avez-vous pris connaissance de cette étude?

Quelle est votre réaction par rapport aux constats qui y sont énoncés?

Comment assurer une meilleure représentation de la diversité dans nos productions cinématographiques?

Quelle place cette question occupe-t-elle dans la formation, de base et continuée, des professionnels du cinéma?

Enfin, le caractère limité du corpus et de la période étudiée étant souligné par les auteurs de l’étude, disposez-vous d’autres données à ce sujet?

Réponse de Bénédicte LINARD,  vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes

En tant que ministre des Droits des femmes, c’est avec un grand intérêt que j’ai pris connaissance de cette étude, qui a pour objectif de dresser un état des lieux de la diversité dans les films nommés aux Magritte en 2019. Même si cette étude se limite à l’analyse d’un petit nombre de films, les douze longs métrages de fiction et les quinze documentaires éligibles aux Magritte, les constats énoncés sont néanmoins clairs: une représentation majoritaire des femmes dans les rôles principaux, ce qui est un point positif à souligner. Par ailleurs, la diversité réelle, c’est-à-dire telle qu’elle existe dans la société belge, est encore loin de se retrouver à l’écran. Nous travaillerons sur cette question avec le Centre du cinéma et de l’audiovisuel (CCA) dans les prochains mois. Afin d’atteindre l’objectif essentiel d’une diversité plus grande, plusieurs chantiers doivent être poursuivis et renforcés. D’une part, il est fondamental d’accroître la diversité des profils des réalisateurs et des réalisatrices qui déposent des projets, mais aussi des autres métiers du cinéma, les scénaristes, les comédiennes, techniciennes, etc. En ce sens, j’ai invité les réalisatrices à soumettre des projets à la commission d’avis de CCA. Nous avons, plus que jamais, besoin de plus de regards et de visions féminins. À ce propos, je me réjouis des très récents chiffres qui ont été transmis par la commission d’avis à propos des projets soumis en 2020. L’information la plus marquante concerne les dossiers sélectionnés: tous domaines confondus, un réalisateur sur deux sélectionné est une femme. Après une forte évolution en 2019 du nombre de réalisatrices de documentaires, ce sont donc les créneaux du long et du court métrage qui sont concernés par ce changement en 2020. Le combat est encore long. Mais je suis très attentive aux propositions d’incitants financiers pour les projets respectant la parité dans les équipes «devant et derrière la caméra», qui me sont soumises par les collectifs «Elles tournent», «Elles font des films» et les fédérations des réalisateurs et des techniciens de l’audiovisuel. D’autre part, il est nécessaire que les histoires racontées reflètent de manière plus juste la diversité de notre société. Il faut donc également conscientiser les scénaristes et les réalisateurs à cette réalité. C’est l’un des objectifs de cette étude qui sera menée chaque année. À cette fin, le CCA a organisé pour la première fois en novembre 2020 un webinaire destiné aux membres de la commission d’avis, pour les aider à décrypter les stéréotypes de genre dans les scénarios. En tout état de cause, mon intention est de poursuivre et de renforcer ces études sur la diversité de notre cinéma. Le CCA travaille en étroite collaboration avec Sarah Sépulchre et ses étudiants pour isoler les nouvelles données nécessaires à une étude plus complète. Il s’agit d’un chantier déjà entamé qui devrait nous donner, dans les prochains mois, une image assez fidèle du cinéma belge francophone et de ses représentations

Réplique de Sabine ROBERTY

Madame la Ministre, je me réjouis évidemment que les choses avancent grâce à la collaboration avec le CCA. Vous dites travailler également sur la question et annoncez l’ouverture prochaine de plusieurs chantiers sur le sujet. Vous avez invité les réalisatrices. Je reprends votre très jolie phrase: «Il faut plus de regards et de visions féminins.» Je partage votre avis. Par ailleurs, le cinéma et les documentaires présentent un stéréotype de la femme, belle, élégante, mince, élancée. On ne voit jamais de manière positive les personnes obèses ou en large surpoids. Cette réalité mérite d’être soulignée. Ces personnes doivent aussi être représentées dans le cinéma. Elles ont également quelque chose à dire. Leur offrir une juste place pourrait freiner les préjugés liés à la grossophobie. 


Crédit Photo: Photo de Anna Shvets provenant de Pexels 

NEwsletter