Vélo: comment favoriser leur utilisation au quotidien

Question écrite du 7 juillet 2022 de Sabine ROBERTY à
à HENRY Philippe, Ministre du Climat, de l’Energie, de la Mobilité et des Infrastructures

La mobilité est l’un des grands enjeux des prochaines décennies et en ce sens, le développement des mobilités douces dont le vélo ne fait plus aucun doute.

Dès lors, il apparait comme normal d’offrir un maillage plus dense de nos infrastructures routières, continu, efficace et plus sécurisé aux cyclistes qui sont de plus en plus nombreux à circuler sur nos routes.

Monsieur le Ministre peut-il revenir sur les différents appels à projets qu’il a portés au sujet des aménagements cyclables en Wallonie?

Quelles sont les réponses des pouvoirs locaux?

Sont-elles à la hauteur des objectifs qu’il s’est fixés en début de législature?

Quelles sont les villes et communes qui possèdent le plus de pistes cyclables aujourd’hui?

Les dangers sur nos routes sont encore fort présents pour les cyclistes. En effet, si chaque année ce sont près de 35000 accidents qui se produisent sur nos routes, les cyclistes ne sont pas en reste puisqu’en 2021 ce sont 10118 cyclistes blessés qui ont été référés par la police.

Que met-il en place en ce qui concerne les discontinuités d’itinéraires (coupures urbaines) qui mettent encore trop nos cyclistes en danger
?

Comment accompagne-t-il les responsables politiques communaux en charge de la Mobilité pour créer ensemble une politique cyclable coordonnée sur leur territoire partagé
?

Pour faire en sorte que les réseaux cyclables puissent être continus entre les communes et que les utilisateurs puissent se sentir en sécurité en permanence, ne faudrait-il pas soutenir activement l’articulation des politiques locales entre-elles?

Compte-t-il lancer prochainement des appels à projets qui permettraient cette meilleure articulation?

Ne faudrait-il pas également travailler au niveau de chaque nouveau marché public, pour aménager des sites propres destinés aux vélos, sur les grands axes routiers partagés?

À ce sujet, se concerte-t-il avec son collègue en charge des Pouvoirs locaux?

Le décret du 4 avril 2019 vise à généraliser les aménagements cyclables de qualité en Wallonie et à renforcer la sécurité des cyclistes. Il est notamment précisé, à l’article 1 que « lors de travaux de réalisation, d’aménagement ou de réfection d’une voirie régionale, le Gouvernement ou, le cas échéant, toute autre personne morale de droit public à l’initiative de ces travaux, garantit que cette voirie est dotée d’aménagements cyclables de qualité, tels que définis par le Gouvernement.

Lorsque la voirie régionale dispose d’un « haut potentiel cyclable », c’est-à-dire qu’elle est reprise par le Schéma Directeur cyclable pour la Wallonie, ces aménagements consistent prioritairement en la réalisation de cheminements cyclables séparés des voitures.

L’obligation d’équiper les voiries régionales en aménagements cyclables de qualité est effective dès l’éventuelle phase de planification initiale des travaux. Elle s’accompagne de la consultation des usagers cyclistes, de la Direction des déplacements doux et des partenariats communaux ainsi que de la direction de la sécurité des infrastructures routières du Service public de Wallonie, selon les modalités à fixer par le Gouvernement »

Cette contrainte est-elle respectée?

Quelle évaluation a déjà été réalisée en la matière notamment au regard des derniers accidents survenus avec des cyclistes?

Qu’en est-il également de l’entretien des pistes cyclables?

Possède-t-il une évaluation de cette action nécessaire?

Enfin, dans une optique de transition rapide vers un mode de déplacement doux, ne serait-il pas nécessaire d’imposer dans chaque nouveau marché public un aménagement systématique de sites propres destinés aux vélos, sur les grands axes routiers partagés?

 

Réponse de HENRY Philippe, Ministre du Climat, de l’Energie, de la Mobilité et des Infrastructures

Concernant les investissements en infrastructures que j’ai portés au sujet des aménagements cyclables en Wallonie, les budgets se répartissent entre les projets d’infrastructures régionales, et les aides aux pouvoirs locaux pour les infrastructures communales.

Au niveau régional :

·       le Plan Mobilité et Infrastructure Pour Tous (PMIPT), dont notamment l’enveloppe additionnelle pour les modes actifs de 250 millions d’euros;

·       l’enveloppe RAVeL classique dotée d’un montant de 8 millions d’euros annuels qui alimente le Plan RAVeL de base;

·        les fiches « Corridors vélos et aménagements cyclables » du plan de relance wallon (PRW) pour un total de 38,74 millions d’euros visant à renforcer la dynamique de mise en place d’un réseau express cyclable notamment dans la continuité des aménagements réalisés à Bruxelles et en Flandre pour relier Bruxelles et sa périphérie.

Au niveau local :

·       l’appel à projets « Aménagement temporaire » initié dans le contexte de la crise du COVID doté d’un montant initial de 2,5 millions d’euros;

·       la relance d’investissements dans le réseau local des communes à travers l’appel à projets « Wallonie Cyclable » de 61,2 millions d’euros (Plan d’Investissement PIWACY). À ce stade, environ une centaine de communes sur les 116 sélectionnées ont remis à l’administration régionale leur plan d’investissements;

·       le lancement d’un droit de tirage pour la mobilité active et l’intermodalité, intitulé Plan d’Investissement Mobilité Active et Intermodalité (PIMACI) de 210 millions dont la moitié de l’enveloppe est dédiée aux aménagements cyclables. Les communes travaillent actuellement à l’élaboration de leur plan d’investissements sur l’ensemble du montant qui leur sera octroyé au cours de la programmation entre 2021 et 2024.

Concernant l’utilisation effective de ces montants, près de 21 millions ont été engagés en 2020 et 32 millions en 2021 concernant l’enveloppe additionnelle pour les modes actifs du PIMPT.

Pour l’appel à projets « Aménagement temporaire » seul, 1,2 million d’euros a été octroyé à travers l’appel à projets et un peu moins de 1 million d’euros a été consommé. En effet, sur les 55 communes répondant à l’appel à projets, 5 communes ont malheureusement abandonné le subside.

Au sujet du PIWACY, les marchés de travaux dont les projets ont été validés à ce stade sont en cours de rédaction par les communes. Il n’est donc pas encore possible d’annoncer le nombre de kilomètres de voies cyclables qui seront aménagées ou rénovées ni le nombre de bornes de réparation qui seront installées.

Quant au PIMACI, ils sont actuellement en cours de réalisation au niveau des communes.

Pour revenir aux objectifs fixés en début de législature, je rappelle que jamais auparavant de tels moyens financiers n’ont été mis à disposition pour développer des projets cohérents en termes d’infrastructures cyclables. Il faut maintenant concrétiser ces projets sur le terrain afin de répondre aux attentes et aux ambitions que nous avons. Nous ne pouvons pas nous limiter à « peindre l’ensemble des voiries » avec des chevrons. Il faut également oser s’interroger sur la politique du stationnement voiture, sur les plans de circulation, ou encore sur les limitations de vitesse, pour (re)donner de la place aux modes actifs. Dans le cadre de l’analyse des PIMACI, mon administration sera davantage attentive à ce que les projets puissent permettre un vrai report modal, dans le respect du principe STOP.

Concernant les villes et communes qui possèdent le plus de pistes cyclables aujourd’hui, nous ne disposons malheureusement pas à l’heure actuelle ce type de données. Cependant, une cartographie est en cours à différents niveaux :
* au niveau régional, le travail est en cours comme on le verra plus bas dans ma réponse à une autre des questions
;

* dans le cadre du Plan d’investissement Wallonie Cyclable, il est prévu que chaque fois qu’une nouvelle étape est franchie dans la réalisation des aménagements, les communes doivent géolocaliser de façon précise la zone de chantier envisagée/concernée. Pour ce faire, tous les formulaires disponibles sur le guichet des Pouvoirs locaux contiennent un outil de dessin. Il est également prévu que les communes réalisent une cartographie des aménagements cyclables existants en précisant le type d’aménagements. Celle-ci sera mise à jour régulièrement.

Par rapport à ce dernier point, il s’agit d’un travail important pour lequel, il est essentiel d’avoir une certaine homogénéité entre les données provenant des différents niveaux (communal, provincial, régional, administration, bureau d’étude, citoyens…) afin de permettre une bonne utilisation de ces données. En lien avec l’Observatoire des Modes actifs, mon administration travail est en train de réfléchir à la création d’un outil facilitant l’intégration et l’encodage des infrastructures cyclables.

En ce qui concerne la discontinuité d’itinéraires, l’honorable membre pointe un élément très important. L’avant-projet de Décret Mobilité durable et accessibilité dont la première lecture a été adoptée par le Gouvernement en juin de cette année, prévoit que le Gouvernement établisse un réseau cyclable structurant wallon qui empruntera « les voiries ou les emprises les plus adaptées du point de vue des critères suivants : cohérence de réseau, rapidité et caractère direct de la liaison entre deux pôles, sécurité, confort, pentes et agrément. Des itinéraires alternatifs et des aménagements cyclables temporaires peuvent être localement mis en place dans l’attente de l’aménagement cyclable qualitatif définitif ».

Dans l’analyse des dossiers PIWACY et PIMACI, mon administration est également attentive à cette continuité des aménagements.

Par ailleurs, l’accompagnement des responsables politiques communaux en charge de la Mobilité est déjà effectif via notamment les différents services de l’administration régionale.

La formation des Conseillers en Mobilité permet également aux responsables politiques d’aborder les différentes thématiques liées à la mobilité, dont la mobilité cyclable.

Dans le Plan d’action Wallonie cyclable, il est aussi prévu la mise en place de formations à l’attention des mandataires et agents en charge de la politique vélo, aux niveaux régional, communal et privé. Cette formation pourra se faire en complément de la formation de Conseiller en Mobilité de la Région wallonne.
Cela passe notamment par l’organisation de journées de sensibilisation aux aménagements cyclables (et des visites de terrain), compte tenu de la sécurité des usagers.

Au niveau de la planification et de la coordination, il est prévu la réalisation d’une étude « réseau cyclable » afin de pouvoir actualiser l’actuel Schéma directeur cyclable wallon et définir le réseau structurant wallon. Cette étude sera pilotée par la Région. Les Plan Communaux de Mobilité (PCM), Plan Inter-Communaux de Mobilité (PICM), Plan Urbain de Mobilité sont aussi des outils qui permettent de définir des réseaux cyclables cohérents dans la commune, mais aussi vers les communes limitrophes. Certains Groupements d’Actions Locales (GAL), soutenus par la Région, aident également à définir des réseaux supra-communaux sur leurs territoires, à l’image du Réseau Cyclable réalisé récemment dans le Pays de Herve.

Concernant les sites propres destinés aux vélos sur les grands axes routiers, la Région investit également sur le domaine en faveur des modes actifs, via le PIMPT.
Afin de répondre aux demandes exprimées par les communes suite au PIWACY, les communes ont également l’occasion de proposer des projets sur voirie régionale. Cependant, les communes doivent rapidement prendre contact avec la Direction des Routes concernées et devront se conformer aux règles du SPW en la matière, notamment en ce qui concerne les audits de sécurité des infrastructures routières.

Dernier point, les cyclostrades qui constituent l’épine dorsale du réseau cyclable fonctionnel supra-local et qui se concentreront sur les hauts potentiels de déplacements, se situeront tant sur voiries régionales que communales. Les cyclostrades bénéficieront d’une infrastructure de grande qualité permettant de se déplacer dans les meilleures conditions de confort, de sécurité et d’efficacité sur des distances moyennes à longues, et sur des aménagements cyclables reconnaissables.

Par rapport à la concertation avec mon collègue Christophe Collignon sur les projets cyclables, celle-ci est réelle et s’est concrétisée par exemple dans le cadre des droits de tirage liés au PIMACI et Plan d’Investissement Communal (PIC). La commune peut combiner les subsides du PIC et ceux du PIMACI. Par exemple, si une commune envisage la réfection d’une voirie de façade à façade et que celle-ci se trouve dans son réseau piéton et/ou cyclable, elle peut avoir recours à l’enveloppe du PIC pour la réalisation de l’espace dédié aux véhicules automobiles (bandes de circulation et zone de stationnement).

Elle peut utiliser l’enveloppe du PIMACI pour la réfection des trottoirs et l’aménagement d’une piste cyclable. Pour ce faire, le bénéficiaire prévoit dans son métré plusieurs divisions, une par subside ou intervention financière.

La question des aménagements cyclables séparés là où le potentiel cyclable est élevé repose quant à elle sur deux critères principaux que sont la vitesse effective du trafic (V85) et sa densité.

Trois principes d’aménagement sont possibles :

·        la mixité (en ce compris la bande cyclable suggérée et la rue cyclable);

·        la séparation visuelle (piste cyclable marquée);

·        la séparation physique (piste cyclable munie d’un signal D7, D9 ou D10, chemin réservé ou partie de la voie publique sous statut F99a ou b).

 

L’analyse de la pertinence et du type aménagement cyclables est ainsi réalisée pour chaque aménagement, et donc chaque marché public.

Enfin, la Région s’attèle à assurer une inspection de ses infrastructures cyclables de manière à garantir leur qualité dans le temps via un contrôle et un entretien régulier et adéquat. L’entretien se fait de manière récurrente sur les voiries régionales. Il est cependant connu que les interventions de nettoyage/déneigement sur les pistes cyclables indépendantes se révèlent plus compliquées qu’au niveau des pistes cyclables adjacentes (qui sont déneigées et nettoyées simultanément avec les voiries carrossables). Un nettoyage plus approfondi peut être effectué par l’entrepreneur en charge du bail d’entretien de différentes routes, mais la Région est alors dépendante de leur planning et ces interventions se font en fonction des budgets qui y sont alloués.

Quant à l’évaluation de cet entretien, j’ai demandé à mon administration d’inventorier et caractériser l’état des pistes cyclables le long des voiries régionales. Mon administration va prochainement mener une campagne d’inspection ayant deux objectifs principaux :

·        vérifier, corriger et/ou compléter l’inventaire des pistes cyclables sur voiries régionales, avec les données attributaires nécessaires à la détermination de la conformité des pistes et des coûts d’entretien et de réhabilitation;

·        évaluer qualitativement l’état des pistes cyclables afin de hiérarchiser les besoins et proposer par la suite les réhabilitations des tronçons dans le moins bon état.

Crédit photo : Photo de Bianca Gasparoto: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/personne-a-velo-1753137/

NEwsletter